détenteurs du bon gout

10 mai 2012

3615 raconte ta vie.

 

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Aleluja, il est né le divin enfant, épiphanie, fournaise et déchaînement divin, explosions dans le ciel et feux d'artifice, Casterman a enfin réimprimé Silence et La Belette. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup.

Je vais vous raconter la belle et tendre histoire de ma petite personne, il y a une quinzaine d'années de cela, faisant la mythique et irréversible rencontre de Comès, signant par là un pacte de sang avec la littérature. J' étais donc minaude, huit ou dix ans, c'était les années 90 (même si je vous parle de bouquins édités en 80 et 83, à ce moment là, j'étais pas encore l'ombre d'un projet dans les yeux de mon père quand il regardait ma mère, donc je pouvais pas les avoir lus si vous me suivez bien.), Kurt Cobain était même peut-être pas mort , et ma mère laissait traîner ses BD. Enfin elle les rangeait soigneusement, mais dans des étagères à portée de mes blanches et curieuses mains.
Grâce à son inattention, qui je suis certaine, n'en étais pas une, j'ai eu plein de premières fois.
Avec La Quête de l'oiseau du temps, j'ai imaginé mes premiers seins (si,si, rappelez-vous cette scène fabuleuse ou Pelisse montre son plus que généreux poitrail à une armée de méchants pour les distraire. Mais bon elle est dessinée de dos, alors y a plus qu'à s'inventer comment c'est des nichons. C'est pas très compliqué non plus vu qu'elle a un décolleté jusqu'au nombril et de quoi remplir trois minibus en guise de poitrine).
Avec pas mal de numéro de A Suivre (I miss you guy), j'ai fait ma douteuse éducation sexuelle (mais je reste persuadée que c'est pas pire que les films érotiques sirupeux de RTL9).
Akira a probablement été mon premier baiser d'amour qui fait pleurer (et dire si c'est émouvant, parce que même recoloré par des tocards sans âme, oulala, ça remuait mon petit cœur).

Et puis Silence et La Belette. Premier vrai choc.
J'avais pas envie, c'était en noir et blanc, les dessins étaient bizarres, les personnages avaient toujours la bouche close et pourtant ils parlaient. Ça se passait dans des lieux bizarres, des coins reclus qui ressemblent à nos campagnes, remplis de types louches qui pourtant ressemblent à des vrais types. Et ces étranges poupées de cire ne se voulaient et ne se faisaient que du mal les uns aux autres, et il y avait des sorcières et des choses mystiques qui font un peu flipper, qui dérangent, et qui mettent mal à l'aise.

Voilà pour le pitch qui n'en est pas un (de rien). C'est surtout pour vous dire que c'est peut-être Comès qui m'a appris le mal, me l'a montré du doigt dans un grand sourire silencieux et a esquissé en moi la notion de mort. Depuis Comès, la mort est une grande maigrichonne livide qui n'ouvre jamais la bouche et qui se balade dans des paysages désolé de western vosgiens.
C'est surtout lui qui m'a laissé cette toute première sensation béate, celle qu'on ressent quand on sort d'une œuvre grandiose ; un deuil de quelques minutes. Comme un orgasme, après lequel tu regardes le plafond en voyant à travers, sans penser à rien, ou en pensant à tout. Une petite mort ou une petite naissance, au choix.
Vous êtes trop vieux pour revivre cette première fois avec Comès. Vous avez les votres et je ne les respecte pas forcément, mais on ne refait pas son pucelage comme ça. Ceci-dit, vous pouvez toujours aller vous procurer ces réimpressions, histoire de vérifier que vous n'êtes pas devenus frigides du cerveau.

 

silence

 

Comès, La Belette, Casterman, 22€
Comès, Silence, Casterman, 22€ 

Posté par Ina Wungerors à 23:08 - bédés - Commentaires [0] - Permalien [#]

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