détenteurs du bon gout

30 novembre 2011

Armand aime le polar et se lance dans le gonzo 3/3

lien conjugal

J'avais adoré 1275 âmes de Jim Thompson, parce que les bouquins qui mettent en scène des rednecks qui ne pensent qu'à boire et baiser et qui commencent chacune de leurs phrases par « m'est avis que... » me donnent de la joie. Merci à Erskine Caldwell et Damon Runyon (encore lui) et encore d'autres et donc, à Jim Thompson. Mais Le lien conjugal n'a rien à voir, parce qu'il n'y a là aucun redneck, mais des malfrats et des malappris, et un couple de gangsters brillantissime, une sorte de Bonnie and Clyde pervers qui sont à la limite de se trahir l'un l'autre à chaque fin de page. C'est grand, très grand, c'est immense, c'est parfaitement mené parce que la tension est présente partout, tout le temps, et que ce couple en fuite et les mille et une péripéties qui décorent leur route sont magnifiques. Et, comme dans tout bon roman policier (ou polar ou thriller, en fait, c'est quoi la différence ?), les morts ne sont pas mort et reviennent à la vie et disparaissent mais, même au-delà de la tombe, causent du tort à ceux qui restent en vie. Mais à quoi ça sert de braquer une banque si c'est pour en chier autant les 250 pages suivantes ? Merci Jim !

C'est que le Armand distribue les bons points aujourd'hui.

bon point

Et il ne s'arrête pas là, parce qu'il y a encore mieux que Le lien conjugal de Thompson. Oui, il y a La mariée était en noir de William Irish.

mariee

Pour commencer par un point noir, je vais évoquer François Truffaut, non, je vais même aller plus loin pour évoquer Jeanne Moreau. Alors on peut la trouver moche, ou vieille, ou dire qu'elle avait une tête de vieille quand elle était jeune, on peut dire que sa voix est abominable, je rétorquerai que c'est pas fair play d'attaquer sur le physique. En revanche, on peut parler de son INEXISTANT talent de comédienne dans le très pâle film de Truffaut. Mais quel film minable nous a-t-il pondu alors que le livre dépasse le sublime ? Mais comment a-t-il pu souiller cette œuvre insubmersible ? Comment a-t-il pu bâcler son adaptation à ce point ? Est-ce que quelqu'un sur cette pauvre Terre débordant de monde aurait une réponse honnête ? Ho, je les vois d'ici les fans de François Truffaut me provoquer en duel pour avoir écorné leur idole. Mais franchement, comment peuvent-ils se regarder dans une glace après m'avoir soutenu que le film est bon ? Ils ne peuvent pas, ou bien ils sont aveugles. Oui, leur rétine a fondu en regardant ce navet, cette destruction pure et simple du talent de William Irish. Ha, mon pauvre William, ne leur pardonne pas, ils ne savent pas ce qu'ils font ces ignares de mauvaise foi, ces petits débiles, ces pauvres sots. Et si ça peut te consoler, sache que je t'aime, William, sache que tu seras toujours pour moi la lumière qui brille plus haut que les étoiles, toi le génie, toi le prophète, et je me joins à toi dans les prières où tu souhaites que les vers qui ont dépecé le cadavre de François Truffaut se sont régalés.

moreau truffaut

Bref, La mariée était en noir, voluptueux récit d'une vengeance terrible, livre éjaculatoire, Kill Bill soixante ans avant, avec une femme fatale et froide qui développe des trésors d'imagination pour éliminer un à un tout ceux qu'elle croit responsable de la mort de son mari le jour de ses noces. Mais quel bonheur, quelle grandeur, quelle œuvre, j'en ai les mains qui tremblent, je ne m'en remets pas, je ne suis pas capable de me calmer, quel grand, grand, très grand livre. Même jusqu'au rebondissement final et au-delà je tressaute d'allégresse. Je suis joie, joie, joie après la lecture de ce livre.

body

Et pour finir, car il le faut bien, le moins polar des polars qui m'ont rendu le goût du livre, Body, d'Harry Crews. En fait, pas polar du tout, parce qu'aucun meurtre, aucun flic, aucune enquête, aucune goutte de sang, rien qu'une histoire simple : une compétition de female bodybuilder. Miss Cosmos va être élue et il y a deux filles en compétition. De quoi, déjà, exciter l'imagination. Des corps de femmes qui ont perdu tous leurs attraits, pas de seins, pas de hanches (de quoi rendre le pauvre Armand malheureux), non, du muscle, et encore du muscle et rien que ça.

bodybuilder

Et, autour d'elles, une bonne petite famille de Georgie viendue à Miami pour encourager l'une des leurs. Oui, de pauvres tocards violents et abrutis. Body est la célébration du corps sous tous ses extrêmes car, opposées aux corps dégueulassement sculptés par les muscles, on a une jolie obèse bien en chair qui fait nager sa graisse dans une piscine à remous.

obese

Oui, des corps et encore des corps, à en tomber amoureux (pour qui peut), à se donner du plaisir, un gramme de perversité et beaucoup d'érotisme. Bonne pioche, encore un excellent bouquin, jusque dans son final explosif et le verdit dans la course à l'élection de Miss Cosmos. Oui, c'est cocasse, c'est improbable, c'est du grand n'importe quoi, c'est drôle, c'est tout ce qu'on demande à un livre : apporter plaisir et joie.

Il fait froid dehors, la nuit tombe vite, le jazz s'est tu, le café est froid, la cigarette a cessé de se consumer. Il me semble même que mon voisin ne se réveillera plus. La rue est calme, auparavant, on a cassé des rétroviseurs, on a vidé des poubelles et traîné un panneau de signalisation sur le bitume, mais l'instant de répit est brisé par l’alarme tonitruante de la bijouterie que l'on dévalise. Dans mon appartement où le chauffage ne s'est pas mis en route, je refais le parcours des jours passés. Et tandis que le lyrisme m'a délaissé, j'ouvre un nouveau livre : L'ombre des forêts de Jean-Pierre Martinet. Après m'avoir longtemps soutenu, le polar, à mon oreille, a cessé de jouer.

 

Petit classement :

1 La mariée était en noir – William Irish – Folio policier

2 Le lien conjugal – Jim Thompson – Série Noire Gallimard

3 Body – Harry Crews – Folio policier

4 La hache – Ed McBain – Série Noire Gallimard

5 Du balai – Ed McBain – Série Noire Gallimard

6 Marilyn la dingue – Jerome Charyn – Folio Policier

7 Tirez sur le pianiste – David Goodis – Folio Policier

8 Le grand sommeil – Raymond Chandler/Boris Vian – Folio Policier

Bonus track : Capharnaüm 2 – Lettres de Jean-Pierre Martinet à Alfred Eibel – Finitude

Posté par Armand A Lechare à 21:03 - Livres - Commentaires [0] - Permalien [#]

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