détenteurs du bon gout

10 mai 2012

3615 raconte ta vie.

 

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Aleluja, il est né le divin enfant, épiphanie, fournaise et déchaînement divin, explosions dans le ciel et feux d'artifice, Casterman a enfin réimprimé Silence et La Belette. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup.

Je vais vous raconter la belle et tendre histoire de ma petite personne, il y a une quinzaine d'années de cela, faisant la mythique et irréversible rencontre de Comès, signant par là un pacte de sang avec la littérature. J' étais donc minaude, huit ou dix ans, c'était les années 90 (même si je vous parle de bouquins édités en 80 et 83, à ce moment là, j'étais pas encore l'ombre d'un projet dans les yeux de mon père quand il regardait ma mère, donc je pouvais pas les avoir lus si vous me suivez bien.), Kurt Cobain était même peut-être pas mort , et ma mère laissait traîner ses BD. Enfin elle les rangeait soigneusement, mais dans des étagères à portée de mes blanches et curieuses mains.
Grâce à son inattention, qui je suis certaine, n'en étais pas une, j'ai eu plein de premières fois.
Avec La Quête de l'oiseau du temps, j'ai imaginé mes premiers seins (si,si, rappelez-vous cette scène fabuleuse ou Pelisse montre son plus que généreux poitrail à une armée de méchants pour les distraire. Mais bon elle est dessinée de dos, alors y a plus qu'à s'inventer comment c'est des nichons. C'est pas très compliqué non plus vu qu'elle a un décolleté jusqu'au nombril et de quoi remplir trois minibus en guise de poitrine).
Avec pas mal de numéro de A Suivre (I miss you guy), j'ai fait ma douteuse éducation sexuelle (mais je reste persuadée que c'est pas pire que les films érotiques sirupeux de RTL9).
Akira a probablement été mon premier baiser d'amour qui fait pleurer (et dire si c'est émouvant, parce que même recoloré par des tocards sans âme, oulala, ça remuait mon petit cœur).

Et puis Silence et La Belette. Premier vrai choc.
J'avais pas envie, c'était en noir et blanc, les dessins étaient bizarres, les personnages avaient toujours la bouche close et pourtant ils parlaient. Ça se passait dans des lieux bizarres, des coins reclus qui ressemblent à nos campagnes, remplis de types louches qui pourtant ressemblent à des vrais types. Et ces étranges poupées de cire ne se voulaient et ne se faisaient que du mal les uns aux autres, et il y avait des sorcières et des choses mystiques qui font un peu flipper, qui dérangent, et qui mettent mal à l'aise.

Voilà pour le pitch qui n'en est pas un (de rien). C'est surtout pour vous dire que c'est peut-être Comès qui m'a appris le mal, me l'a montré du doigt dans un grand sourire silencieux et a esquissé en moi la notion de mort. Depuis Comès, la mort est une grande maigrichonne livide qui n'ouvre jamais la bouche et qui se balade dans des paysages désolé de western vosgiens.
C'est surtout lui qui m'a laissé cette toute première sensation béate, celle qu'on ressent quand on sort d'une œuvre grandiose ; un deuil de quelques minutes. Comme un orgasme, après lequel tu regardes le plafond en voyant à travers, sans penser à rien, ou en pensant à tout. Une petite mort ou une petite naissance, au choix.
Vous êtes trop vieux pour revivre cette première fois avec Comès. Vous avez les votres et je ne les respecte pas forcément, mais on ne refait pas son pucelage comme ça. Ceci-dit, vous pouvez toujours aller vous procurer ces réimpressions, histoire de vérifier que vous n'êtes pas devenus frigides du cerveau.

 

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Comès, La Belette, Casterman, 22€
Comès, Silence, Casterman, 22€ 

Posté par Ina Wungerors à 23:08 - bédés - Commentaires [0]

29 avril 2012

Ina parle d'elle à la troisième personne et aime Enrique Fernandez très fort avec des petits cœurs partout



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Préambule

Il est un concept que vous devez intégrer avant toute présentation de Enrique Fernandez. La nicitude (prononcer naïecitude, c'est un anglo-néologisme).
La nicitude, c'est un état d'esprit, un registre d’œuvre, un pan d'existence qui te met du soleil dans ton petit cœur. Un texte, une musique, un film, n'importe quoi, n'importe qui, qui te donne l'impression que le Père Noël (ou toute allégorie de la rassurance (oui je fais un article néologiste) qui te conviendra ; ta mère, Baba Yaga ou David Hasselhoff, tu fais bien comme tu veux avec tes allégories) te prend dans ses grands bras imaginaires et te souffle l'espoir à l'oreille ; après ça tout ira bien, tout s'arrangera, rien ne pourra plus jamais t'atteindre. La nicitude c'est la joie et c'est l'espoir, c'est toi, petit enfant intouchable qui transporte au gré des vents un sourire que rien ne saurait entacher. La nicitude est à la limite du mielleux mais ne sombrera jamais dans le mièvre. C'est l'inébranlable et fugace certitude que les gentils gagneront à la fin, que justice sera faite, que l'amour est plus fort que tout. C'est l'innocence naïve qui te sauvera du gouffre abyssale de la réalité.
Little Miss Sunshine est un film nice. Cent ans de solitude est un livre nice. Less and Rey de Le Tigre est une chanson nice. Bone est une bédé nice. Et la suite de la liste vous appartient, mais sera désormais complétée par les deux petit chefs d’œuvre qui vont suivre.

Ambule

Vendredi tout allait mal. Puis mon libraire (pas toi Armand, l'autre, celui avec une moustache, bisous mec) a glissé dans mes petits bras désarmés deux BD de Enrique Fernandez.
J'ai commencé par L'Ile sans sourire, entre midi et deux, entre un plat surgelé et le retour au charbon,entre Charybde et Scylla.
C'est l'histoire d'un monsieur qui est tout gris parce qu'il est triste, qui se retrouve sur une île toute grise parce qu'elle est triste, qui rencontre une petite fille pleine de couleurs, pleine de vie, pleine d'imagination et pleine d'aventures. C'est la jolie rencontre de ces deux personnages. Alors ok la fin se voit comme le nez au milieu de la figure mais après tout, qu'importe. Ce qui compte c'est le monde régit par les histoires que racontent les adultes aux enfants, ce qui compte c'est qu'après ça tu vas avoir envie de courir après les pigeons en hurlant à la mort, de faire d'une boite en carton un fort imprenable, d'avoir une grande conversation avec Raoul ton tigre en peluche philosophe, de faire d'un caillou un précieux trésor.

 

cerfe

 

Ensuite vint le soir, et pour me bercer avant de sombrer je me suis saisie des Contes de l'ère du Cobra. J'ai fait plein d'onomatopées avec mon cerveau (je pouvais pas les faire avec la bouche, sinon j'aurais réveillé le quartier tellement elles étaient pleines de majuscules mes onomatopées, avec des AaaAAah, des OooOooh, et toutes les autres voyelles).
J'ai envie de dire qu'il y a eu Grimm, Andersen, Lewis Caroll et L. Frank Baum (Le Magicien d'Oz, bande d'incultes) et puis après plus rien. L'héroïc fantasy a tenté de prendre le relais mais c'est vautré comme une vieille capote qu'on a reconvertie en bombe a eau.
Et puis voilà que débarque Enrique Fernandez qui arrive et nous conte (oui, nous conte, je pèse mes mots, comme un vrai conte des mille et une nuit, même si la référence est facile, elle est indispensable) l'histoire d'amour contrariée d'Irvi le preux et de Sian la belle. Contrariée par eux-mêmes et par le monde, mais puisque le cœur est le plus fort ils vont se battre contre tous les obstacles que la destinée dressera sur leur chemin, tintintin (c'était l'onomatopée d'une musique à suspens, mais ça rend pas trop à l'écrit. Dans ma tête c'est des cuivres).
Pour le coup c'est un peu moins pour les enfants de parents puritains, parce que ça commence quand même sur trois partouzes, puis il a du sang, des morts, des meurtres, la guerre, un gros méchant qui fait flipper, un peu d'anthropophagie et encore un peu de sexe. Ceci dit, c'est fait avec la brutalité toute en délicatesse des grandes épopées mythologiques, et moi je dis que les gamins ils sont pas en sucre, c'est pas trois cauchemars qui vont les tuer.

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Le seul drame de l'histoire, c'est que le volume deux ne sort qu'en septembre, on est dans la merde, comment vont-ils s'en sortir, oh mon dieu je dois savoir.
Le second drame c'est qu'un bout du reste de l'œuvre d'Enrique n'est plus diponible. Enfin si, les deux derniers tomes du Magicien d'Oz, mais ça nous fait une belle jambe. Fuck. (Ah, on me dit en régie que Aurore est encore dispo mais que mon libraire fait le pont. Fuck)

Postambule

Si toi aussi tu es allergique à la couleur-photoshop-ordinateur à outrance, pour une fois ferme la et court chez ton libraire.

 

L’Île sans sourire, Enrique Fernandez, Drugstore, 13€90, pour lecteurs à partir de 6 ou 7 ans (mais là vu qu'ils savent pas très bien lire faut leur filer un coup de main quand même) jusqu'à ce que ton âme d'enfant étincelle encore dans ton cœur.

Les contes de l'ère du Cobra, Enrique Fernandez, Glenat, 13€90, à partir du moment où ils sont un peu vaillants, je dirais genre 7 ou 8 ans (avec des parents capable d'expliquer ce que c'est une partouze) jusqu'à ce que ton âme d'enfant étincelle encore dans ton cœur.

Posté par Ina Wungerors à 14:04 - bédés - Commentaires [0]

25 avril 2012

Le vide et la mort

Un peu en dehors de la ville, à la place des camionnettes blanches des prostituées noires, ils ont construit un endroit artificiel, sans la moindre cohérence avec ce qui l'entoure, des bâtiments tout neufs avec des néons bleus et des toits arrondis, et des escalators qui se mettent en branle quand quelqu'un monte dessus, mais ils grincent, ils font un bruit qui agace. L'endroit est un immense centre commercial, avec des magasins de vêtements partout et des restaurants à l'étage, avec des gens gros qui mangent leur steak 800 grammes énormes accompagnés de frites, servis par une jeune fille dans une tenue ridicule, et en face, il y a des gens maigres et musclés qui, même après 22 heures, continuent de suer en marchant sur des machines, le tout sous une écrasante odeur de transpiration, avec de la musique trop forte. Ces gens-là sont-ils heureux, après avoir traversé la ville pour être dans ce nouvel espace juste parce qu'il vient d'ouvrir et qu'il faut être là ? Pensent-ils à ça lorsqu'ils courent sur leur tapis roulant, quand ils avalent leur dessert, quand ils achètent leurs vêtements ? Le temps est suspendu et il y a un piano qui joue tout seul et il y a des bornes automatiques à l'entrée du cinéma. Ils viennent de créer un endroit où, pour attirer les gens, ils suppriment des personnes.

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Et les magasins sont vides, des types fixent des planches en placo, mais elles ne sont pas droites et ils ne s'en rendent pas compte, et un magasin est nu, avec trois tables dans 100m² où sont exposés des téléphones portables et des écrans plats. Ce nouveau centre commercial est comme une fille mignonne mais conne. C'est beau, mais c'est vide.

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Mais je ne suis pas seul à affronter ce monde qui n'est pas le mien, elle est là elle aussi à se demander ce qu'elle fait là, elle forcée d'arborer une tenue d'hôtesse de l'air strict, sans poche, forcée à sourire à des abrutis qui veulent voir des films en VF parce que lire des sous-titres c'est trop compliqué, des gens qui veulent manger du pop corn en regardant des voitures exploser sous une musique tonitruante, et qui laissent quelques grains rouler au fond de leur siège, sans se demander si, après la séance, il n'y aurait pas quelqu'un qui s'abaisserait à nettoyer leur merde.

Les toilettes sont des placard muraux, et même si on pisse en face d'un portrait de Jack Nicholson, il y a quelque chose de terriblement oppressant, il n'y aucune trace humaine car tout est neuf, pas de numéro de téléphone laissé sur la porte, rien, juste une odeur de plastique de meubles fraichement déballés. Les filles derrière leur caisse font des sourires mais elles rêvent toutes d'être ailleurs. Georges Romero avait raison : les centres commerciaux sont le refuge des zombies. Visionnaire.

zombie

Mais je ne suis pas venu là pour admirer la ligne de chemin de fer qui traverse la gare, ni les pelouses sur les toits des immeubles, ni cet improbable piano sans pianiste. Non, le but, c'était de voir un film grandiose accompagné d'une fille pleine de charme qui connait Tarkovski et qui a vu Mort à Venise (et rien que pour ça, elle mérite un grand respect).

Le film, c'est Twixt de Francis Ford Coppola. On parle là d'un type qui a réalisé quelques chef d'œuvres incontournables des années 70, au moment où le cinéma américain est le plus foisonnant et intelligent (à l'exception, c'est vrai, de Star Wars et des Dents de la mer, à l'exception en fait de tout Georges Lucas et Steven Spielberg). Conversations secrètes, Apocalypse Now, Le Parrain... On ne va pas faire la liste de toutes les contributions de Francis à l'art cinématographique, mais quand même, voir un nouveau Coppola, c'était comme voir un nouveau Kubrick dans le temps, c'est savoir que l'on a rendez-vous avec l'histoire.

Sauf que l'ami Francis s'est complètement perdu depuis un moment, entre faillite et films hasardeux (et là je pense très fort à Jack avec cet imposteur de Robin Williams), et le voilà en train d'essayer de se refaire une image dans le circuit indépendant et les films d'auteur.

Donc Twixt, avec Val Kilmer. Lui aussi n'a pas été très heureux dans ses choix de carrière, et le voir à l'écran avec vingt kilos de trop fait comme un petit pincement au cœur, avec sa tête d'acteur raté juste bon à tourner dans un épisode foireux des Contes de la crypte. Mais, pour le film, ça colle assez bien car son personnage, un écrivain sans talent et sans argent, est juste au bout du rouleau, au point d'être considéré comme un Stephen King au rabais.

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Hall Baltimore est donc un écrivain d'épouvante qui aime bien écrire des bouquins sur les sorcières, mais il n'arrive pas vraiment à vendre ses livres, il n'a donc pas d'argent, sa femme le harcèle pour rapporter un peu de quoi payer les factures, il est alcoolique et sa fille est morte. Bref, Hall ne respire pas tellement la joie de vivre, comme, finalement, tout écrivain maudit qui se respecte. Il arrive dans un petit patelin nommé Swann Valley, ville décrite en préambule par Tom Waits (et oui, il faut quand même admettre que le casting est pas mal), comme étant hantée et habitée par le diable, avec cette tour aux sept horloges donnant sept heures différentes. C'est une ville quasi morte, avec ses statues en bois couchées dans les rues et sa petite légende urbaine qui dit qu'il y a eu, quelques années plus tôt, un massacre d'enfants. En fait, on a tous les ingrédients du film de genre épouvante mystique, avec sorcières et enfants morts et évènements bizarres et écrivain à la dérive qui cherche l'inspiration pour son futur roman. C'est vrai que tous les clichés sont là, et Twilight et Vampire Diaries ne sont pas autre chose. Mais alors, comment Twixt parvient-il à être un grand film ? Parce que Coppola ? Oui, mais pas seulement.

Déjà, il y a une esthétique absolument merveilleuse, avec une lumière parfaite et un travail inspiré sur les contrastes noir/blanc/gris, avec quelques touches de couleur quand il faut montrer du sang ou des citrons coupés. Sans cesse, le bon Hall fait des va et viens avec ses rêves, et c'est justement dans ce basculement que le film prend toute sa singularité. Le traitement est différent d'un point de vue purement esthétique, et c'est juste beau.

Ce qu'on ne trouve pas forcément dans Twilight, c'est de l'humour, et Twixt en sue à chaque scène, faisant pénétrer le spectateur ébloui dans un univers proche de Twin Peaks, notamment lors de cette scène absolument grandiose (et je pèse mes mots), où Hall vient boire un verre dans un hôtel abandonné, où un type essaye de remonter une horloge et où une femme empoigne une guitare et chante, et le type applaudit en hurlant « l'horloge est réparée ! », avec l'œil fou et le sourire qui va avec. Non, ce n'est plus Twin Peaks, c'est Eraserhead, avec cette scène folle où le pauvre Henry va manger chez sa belle-famille, avec le père timbré qui le fixe sans cligner des yeux et qui sourit pendant que le poulet saigne.

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Et Hall qui n'arrive pas à écrire et qui boit son whisky pour pondre n'importe quoi (où l'on découvre des talents d'acteur insoupçonnés chez Val Kilmer). Et le shérif du patelin qui est juste taré comme il faut. Et encore et encore.

Mais Twixt n'est pas une comédie, c'est un film avec plein de gogoths et une fille vampire revenue de l'au-delà, à la peau toute blanche et à la robe toute blanche et aux dents toutes blanches et Edgar Allan Poe et son corbeau. Non, en fait, ça importe peu, parce que la principale force du film n'est pas tellement son histoire mais vraiment, son traitement visuel. Francis est un immense réalisateur, capable de nous filmer LE plan qui sort de l'ordinaire, et, encore une fois, quelle photo hallucinante ! J'imagine déjà la jaquette du DVD : « le film le plus beau depuis Eyes Wide Shut ! ». Ha, Stanley, tout cela me donne des frissons.

La lumière revient déjà et le film est terminé. Elle ne ressemble pas aux filles qui attendent au coin des rues et je lui fais remarquer, et on remonte la rue en évitant les flaques et les tramways et en regardant les étoiles et le nuage et... Et ça s'arrête là.

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Posté par Armand A Lechare à 20:44 - films - Commentaires [0]

23 avril 2012

Parce que nous aussi les grosses laides nous avons droit à nos histoires d'amour.

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Salut, toi aussi tu es grosse ? Je te parle pas d'une grosse de type « burlesque », qui après un brushing et un coup de rouge à lèvres se retrouve métamorphosée en sosie de Marylin. Je te parle d'une vraie grosse qui ne peut pas porter de bottes parce que malgré sa pointure 38, aucune chaussure ne saurait embrasser la circonférence monumentale de son mollet. Une véritable obèse qui doit soulever ses bourrelets pour nettoyer entre les plis. Un tas à double menton dont la chair tressaute à chaque pas. Et puis tu as les cheveux filasses, la peau qui sécrète beaucoup trop de sébum, et un râtelier à faire fuir le clodo sexagénaire du coin de la rue. Et malgré ça, tu te dis que toi aussi tu as le droit à l'Amour avec une majuscule. D'aucuns te diraient que tu as tort. Moi je te dis de lire la bd de Dave Cooper, Ripple, une prédilection pour Tina .

Martin c'est un auteur qui as obtenu une bourse pour une créer une exposition érotique autour de ta chair de grosse. Ta chair qui tremblote, pleine de cellulite et d'aspérités, qui remue et qui se secoue, cette peau à l'aspect quasi tellurique, imparfaite, distendue et suintante. Il recrute alors Tina comme modèle, un peu con, peut-être mineure, naïve. Elle est comme toi Tina, vilaine avec une dentition d'animal. Et on sait pas pourquoi, toi petite abomination humaine, tu fascines Martin. Il tombe raide dingue de toi. Ou bien il est juste fasciné par son propre désir pervers. Mais tu l'obsèdes. Il te saucissonne dans des tenues SM qui ne sauraient être à ta taille et qui te boudinent. Ta graisse essaye de s'échapper par tous les coins et Martin essaye de la peindre. Martin te fout dans les positions les plus atroces et au bout d'un moment il n'en peut plus il veut te sauter. Mais il y arrive pas ce tocard. Pas correctement du moins. Il jouit trop vite ou sa queue reste aussi flasque que ton cul. Il est mauvais, nul, minable un putain de moins que rien. Et de là tu vas tirer ta force ma grosse, tu vas soumettre ce petit vicieux hypnotisé par ta peau. Il sera à ta botte et il va complètement vriller.

Voilà en gros ce que raconte Ripple. Ça te fait rêver hein ? Une histoire dégueulasse et fascinante imprimée sur du jaune, parce que ça fait presque de la peau sale, le jaune. L'histoire perverse d'une fascination dérangeante pour la laideur. Parce que tu es laide ma grosse, c'est tout ce que tu auras. Pas de preux chevalier, pas de prince charmant. Tu auras peut-être juste la chance d'être assez dégueulasse pour en devenir hypnotique. Sinon tu auras l'intelligence de lire Ripple, pour ta culture personnelle, pour entretenir ta beauté intérieure, ou ruiner tous tes espoirs.

Allez, des bisous.

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Dave Cooper, Ripple, Une prédilection pour Tina, Seuil, 14.90€ avant changement de TVA.

Posté par Ina Wungerors à 15:56 - bédés - Commentaires [0]

19 avril 2012

I want to believe

Un pauvre type qui se prend pour un poète alors qu'il aligne péniblement six pauvres mots sur une feuille de papier s'est indigné avec bêtise l'autre jour en écoutant David Bowie : « Ha, ces amerloques ! Ils sont partout ! On a une langue bordel, pourquoi faut-il toujours écouter des chanteurs américains ? C'est comme ce truc qu'ils ont mis devant l'hôtel de ville : ONLY LYON, non mais on croit rêver ! C'est tout ce qu'ils ont trouvé ? » Et moi de tenter de le raisonner en l'informant que David Bowie était anglais, mais là n'était pas le débat.

Le débat, c'est que foutre à la poubelle tout ce qui traverse l'océan est d'une bêtise sans nom, davantage encore lorsque ce qui nous vient c'est de la bonne littérature, de la bonne musique, de la bonne BD et, encore mieux, tout ce qui réunit tout ça dans 120 pages : The Believer.

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En 2003, les éditions McSweeney's lancent une revue excellente, intelligente, et tout un tas d'autres qualificatifs du même tonneau (et personne n'ignore mon inventivité sans faille quand il faut trouver d'autres adjectifs dans ce goût-là). Les meilleurs auteurs parlent de littérature (et c'est autre chose que d'entendre Laurent Gaudé baragouiner sur la littérature française, même s'il ne le fait pas), les meilleurs auteurs de BD parlent de BD, les meilleurs spécialistes de musique causent de musique, bref, vous l'avez compris, The Believer, c'est une sacrée référence. Et heureusement qu'au sein des éditions Inculte, personne n'a le même avis que ce foutu poète mentionné plus haut, sinon, nous autres pauvres français qui ne comprenons pas d'autres mots d'anglais que ceux écrit sur les portes des toilettes pour hommes dans les bars miteux qui pullulent, n'aurons jamais pu découvrir cette merveilleuse revue.

Parce que oui, voici enfin Le Believer en VF. Soit un trimestriel qui compile le meilleur des articles parus récemment dans la revue américaine, plus, en bonus, quelques articles dénichés dans les archives du Believer US.

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Donc, voici le premier numéro, et il est parfaitement réussi. L'objet est beau, agréable, tape l'œil comme il faut, avec, en couverture, quatre très jolis dessins de Charles Burns en guide de sommaire : on aura du Daniel Clowes, du Steve Carell, du Nick Hornby et même du Amy Winehouse. Et ce n'est pas tout, car Le Believer a plein de trésors cachés un peu partout.

En fait, ça commence très très fort avec une conférence de Grail Marcus et Don DeLillo à propos Bob Dylan. Depuis quelques temps, Bob Dylan fait partie des mots clés qui me font pousser des cris de bonheur intenses, comme j'en avais rarement poussé avant, le genre de nom qui me donne des frissons partout partout. Et là, lire deux types qui débattent sur son influence sur les arts et le mode de vie américains, c'est simplement jouissif. Évidemment, chacun essaye de caser son bouquin sur Bobby : Grail a écrit La République invisible (que je suis en train de lire, mais il faut s'accrocher : le style est confus et tout n'est pas très clair) et Don a écrit Great Jones Street (que je suis en train de lire, mais il faut s'accrocher : on ne comprend rien, même si le style est excellent). Les deux compères s'attardent sur la fuite de Dylan, fuite au sens je vous tourne le dos, à tous, vous qui me prenez pour un prophète, ou un demi-Dieu, alors que j'ai juste chanté dix chansons, alors laissez-moi tranquille, je me barricade chez moi.

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Mais Bob n'est pas le seul dans ce numéro passionnant et foisonnant car, à peine l'article terminé, on embraye sur une nouvelle jolie comme tout signée Stephen Elliott, où le narrateur raconte tout plein d'échecs et d'expériences SM, bref, tout un tas de choses que j'aime bien. La nouvelle est très bonne, malheureusement, l'ami Stephen n'a aucun roman traduit en français, et c'est bien dommage.

On enchaine avec le petit Karl Marx, 18 ans, qui écrit des histoires minables pour son papa chéri. Impossible d'imaginer, à la lecture de ces petits textes ridicules, que son auteur deviendra un des plus grands penseurs de l'histoire de l'humanité. Et puis Daniel Clowes nous raconte sa vie et son œuvre, et Zadie Smith nous apprend comment on fait un bon roman, puis Harry Mathews nous explique ce qu'est l'Oulipo et comment Georges Perec himself en a bavé pour traduire ses romans en français.

Mais il n'y a pas que de la littérature dans Le Believer. Il y a de la musique, on l'a vu avec Bob Dylan, mais il n'est pas le seul car on a un petit entretien entre Damon Albarn, l'ex de Blur, et Paul Simonon, l'ex des Clash. Ce qu'ils racontent est passionnant, sur Londres et la musique des années 90, et pourquoi Blur est le plus grand groupe anglais de l'histoire de la musique (derrière les Stones, quand même, faut pas déconner trop longtemps). Et, pour finir question musique, le retour de Greil Marcus qui nous offre son personal tribute à Amy Winehouse.

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Et puis, Le Believer c'est aussi des textes intelligents sur des choses intelligentes : une société utopiste au Danemark, Christiana, soit une mini-ville auto gérée où personne n'est propriétaire de rien et où les dealers d'herbe sont les rois du monde. Malheureusement, cette petite société ne va pas tarder à disparaître, because nouvelle réglementation au Danemark, jolie Scandinavie terminée, 21ème siècle et tout ça. Et puis vingt pages sur les bunkers et la guerre froide aux Etats-Unis, et comment l'imaginaire collectif américain s'est constitué ces dernières décennies à partir de ces petits abris individuels censés les protéger de la fin du monde atomique. Pour ceux qui craignent l'Iran et la Syrie, sachez qu'un de ces petits bijoux d'architecture ne coûte que 130 000 dollars. Mais vous risquez de vous mettre tout votre voisinage à dos, comme les américains dans les années 60, qui préféraient laisser mourir leurs charmants voisins et leurs tartes aux pêches, plutôt que de les abriter dans leurs bunkers. Sympa. Reste une question qui ravira certains Ardennais ou gens du nord : si tout le monde meurt dans une explosion nucléaire et que survit une seule petite famille avec son petit caniche, comment repeupler la planète ?

Bref, l'important, c'est que Le Believer doit devenir un événement majeur et incontournable de votre quotidien, il faut que vous attendiez chaque numéro avec l'impatience la plus totale, que l'achat du futur numéro soit l'aboutissement ultime de votre vie, parce que vraiment, sincèrement, totalement, profondément, ça vaut le coup.

Et hurlez à l'attention de tous ces abrutis d'anti-américanistes primaires franchouillards consanguins : FUCK YOU ASSHOLE !

Le Believer n°1 - Editions Inculte - 15.30 euros

Posté par Armand A Lechare à 23:26 - Livres - Commentaires [0]

12 avril 2012

Karoo ou l'homme sans âme

Karoo

Être payé pour lire des livres et ne pas y arriver est une expérience assez frustrante, et vivre avec la sensation terrible qu'aucun livre, jamais plus, ne pourra me faire trembler d'excitation est difficilement acceptable. C'est vrai, depuis quelques temps, me concentrer sur plus de huit pages était un exercice délicat pour ne pas dire irréaliste pour moi. J'ai commencé pas mal de livres sans jamais arriver au bout, parce que l'envie m'en manquait, le plaisir de me plonger dans un univers aussi, et les rares choses que je commençais tournaient en rond, n'étaient pas satisfaisantes, une sorte de bouillis de bouquins traitant de thèmes rabattus avec un style lu mille fois. Frustrant, vraiment.

Il y a un an tout juste, bien avant que ce sentiment ne m'emporte, je suis tombé sur le troisième livre qui a bouleversé ma vie, après Bandini de John Fante et Jérôme de Jean-Pierre Martinet. Vraiment, je pèse mes mots, c'est dire le séisme intense que j'ai connu en lisant Le dernier stade de la soif, un livre ô combien merveilleux et fou et fantastique, paru aux non moins merveilleuses et folles et fantastiques éditions Monsieur Toussaint Louverture. Si vous êtes un habitué assidu de ce blog, et vous l'êtes forcément car vous avez depuis longtemps déjà admis que ce que vous pouvez lire ici vous transcende, vous vous souvenez forcément de mon article au-delà de l'éloge de cette œuvre indépassable de Frederick Exley. Il y avait tout, à cette époque-là, pour me rendre heureux : les beaux jours revenus, une fille, des moyens, bref, c'était une période vraiment faste.

Un an plus tard, il n'y a plus grand chose, à part le beau temps et l'ennui et la fameuse frustration que j'évoquais plus haut. Et c'est là que Karoo entre en scène.

Sous les rayons d'un soleil renaissant, je me retrouve avec dans les mains un pavé parfaitement soigné, une couverture couleur sable, deux types sans tête qui se battent, du beau papier : une fois encore, Monsieur Toussaint Louverture vient de sortir un objet d'art au lieu d'un simple bouquin.

Et là, c'est une merveille, sincèrement, au sens trésor, au sens truc précieux, le genre de livres que vous pleurerez lorsque votre bibliothèque prendra feu le jour de l'apocalypse, le genre de livres que vous n'échangerez même pas le jour où vous n'aurez plus un sou en poche, quand vous préférerez vous manger un orteil plutôt que le revendre pour acheter de quoi manger, le livre avec lequel vous vous ferez enterrer.

Mais venons-en au fait : c'est quoi Karoo ?

Karoo, c'est le nom du personnage principal du livre de Steve Tesich (encore un auteur maudit qui meurt subitement d'une crise cardiaque juste après avoir mis le point final à l'œuvre de sa vie), qui gagne très bien sa vie en massacrant le travail des autres (scénario, montage de films) sans le moindre remords, qui déteste sa femme, qui a peur de son fils adoptif, qui pèse trente kilos de trop et qui est incapable d'être saoul même après avoir vidé huit bouteilles de whisky. Mais, surtout, Karoo est ignoble, malsain, inhumain, de mauvaise foi, menteur, fou, asocial, minable, sans talent, sans compassion, mais il est terriblement drôle. Du fin fond de son désespoir, il arrive à cultiver une sorte d'humour froid, déconnecté, suivant sa logique propre qui est si décalée de la réalité qu'elle en devient absurde. Oui, Karoo est un type détestable, le genre de types dont on a envie de s'éloigner, de fuir de peur de se laisser aller à quelques envies purement humaines de le frapper, de le piétiner et de le tuer. Mais Karoo est tellement attachant, dans ses faiblesses, dans ses bassesses, dans ses défaites, dans ses résignations, dans sa lâcheté. Quel personnage fantastique, si désespérément humain.

Le livre compte 600 pages, mais quel regret qu'il n'en compte pas mille de plus, pour voir jusqu'où le pauvre Karoo peut aller dans la détestation et le dégoût et la maladresse. Toutes les situations relatées dans le livre sont savoureuses, les dialogues sont succulents, les personnages qui gravitent autour de cet obèse répugnant sont délicieux dans leurs tentatives de supporter l'enfer qu'il leur inflige.

Et puis la grâce est partout présente dans ce livre, les purs moments de poésie aussi bien dans l'écriture que dans la description des relations humaines. Mais quel régal, quel bonheur, quel immense plaisir ! Il faudrait être fou, ou abruti, ou pire encore pour refuser de plonger dans l'âme sans fond de Karoo, ou plutôt pour sonder son absence manifeste d'âme.

Mais que dire de plus pour vous convaincre de lire ce livre ? Les formules toute faite ? Authentique chef d'œuvre, le livre qui changera votre vie à tout jamais, le meilleur livre depuis l'invention de l'imprimerie ? Karoo est une légende désormais, un phare incandescent qui éclaire votre embarcation morne naviguant dans le brouillard, votre Prozac, votre raison de vivre, votre Graal, Karoo est tout ça et bien plus encore.

L'enthousiasme m'étreint et me fait trembler, je me sens prédicateur sur le toit de ma Cadillac et vous êtes la foule intriguée par les gesticulations du pauvre fou avec sa pancarte, mais vivez cette rencontre, sincèrement, laisser entrer Karoo dans votre vie, passez du temps avec lui, mangez avec lui, parlez lui, dormez à ses côtés, vos rêves n'auront jamais été aussi beaux.

Karoo – Steve Tesich – Monsieur Toussaint Louverture – 22 euros (achetez en même deux pour les entendre discuter entre eux, ce qu'ils ont à dire sera forcément fascinant)

Posté par Armand A Lechare à 00:46 - Livres - Commentaires [1]

09 avril 2012

En rêve avec Charles Bukowski

twin_peaks

A l'époque où je me refaisais l'intégrale de Twin Peaks, je faisais chaque nuit des rêves étranges où apparaissaient et disparaissaient sans logique des gens que j'avais croisé auparavant dans ma vie, parfois une heure, parfois deux ans, et, souvent, la figure de cette saloperie d'ex était là, et on discutait elle et moi et j'apprenais des tas de choses sur moi-même, comme cette capacité que je ne soupçonnais pas de l'envoyer balader, de l'insulter et de lui dire des choses que jamais je n'aurais pu dire dans la réalité. Dans ces rêves, je devenais le Staline de ma vie, un être de fer sûr de lui, qui ne faisait que ce qu'il entendait, sans compromis, bref, tout le contraire de ce que je suis dans la vraie vie, une fois le rêve terminé.

J'ai arrêté de regarder Twin Peaks et j'ai arrêté de me souvenir de mes rêves.

Mais l'autre nuit, voilà que mon esprit un peu détraqué me réserve une petite surprise. Ça reste assez flou, puisqu'il s'agit d'un rêve, mais j'ai le souvenir de tousser et de cracher deux boules violettes tenues entre elles par un amas de fils jaunes, et ma langue est pâteuse, j'ai du recracher un organe essentiel de mon tube digestif parce que je ne me sens pas très bien.

amygdales

Et là, apparaît comme seule la magie des rêves le permet, Charles Bukowski. Il a effectivement le visage fracassé par les années et par l'alcool et par l'acné, il est petit, tassé, mais il est sobre parce que, je crois, même si je ne lui ai pas posé la question, qu'il a arrêté de boire.

buk_bouteille

Et nous discutons de tout, sauf de ses écrits, et la conversation est celle d'un père et de son fils. Oui, dans ce rêve, Bukowski est mon père, et ce n'est pas si perturbant que ça. Je lui dis que je suis heureux de le revoir, que ça faisait longtemps, et il me répond que oui, que ça fait dix-sept ans qu'il n'est pas venu. Il est assis sur un coin de la table, et je bois du vin, mais lui tourne à l'eau ou au café, je ne me souviens plus. Là-dessus je me réveille et tout est un peu vague.

Pourquoi rêver de Bukowski, alors que je n'ai pas une passion particulière pour lui et ses écrits ? A vrai dire, j'ai même la posture de celui qui déteste Bukowski, tout ça par esprit de contradiction, il faut bien le dire, car parfois il touche la grâce et le génie, mais c'est une autre histoire. Le fait est que j'ai eu la chance il y a peu de croiser Dan Fante, le fils de, et j'étais là en admiration devant ce petit homme un peu râblé, un peu taré, avec ses petits yeux encerclés par des petites lunettes rondes et rouges, et lui aussi avait arrêté de boire. Mon esprit a du effectuer un glissement entre la sobriété réelle de Fante et celle, rêvée de Bukowski. Mais merde, pourquoi Bukowski ?

L'avoir comme père serait une expérience dont on ne sortirait pas vraiment indemne, j'imagine que ramasser son père tous les matins dans le caniveau ne doit pas être une sensation très glorieuse, l'entendre hurler après un verre de vin doit vraiment être un triste spectacle, mais cet homme là possède un truc que peu de gens ont et qui fascine un petit con romantique comme moi : la capacité à creuser allègrement sa tombe et à se pelotonner dans la terre grouillant de vers, en tenant comme un trophée une bouteille de mauvais vin. Oui, c'est absurde et dégueulasse de voir ça comme un geste héroïque, mais voilà, j'ai besoin aujourd'hui de ce genre d'images pour me dire qu'il me reste de grandes choses à faire ici. Saloperie de rêve.

buk

Mais l'apparition soudaine du bon vieux Hank dans mes rêves n'est pas simplement due à mes aspirations puériles, mais également à mes lectures récentes. Les excellentes éditions 13ème Note, spécialisées dans la littérature américaine en marge et hors circuit viennent d'avoir la très bonne idée de traduire pour la première fois en français les mémoires du vieux Charles, lorsque celui-ci a traversé l'océan, s'arrachant à son quotidien éthylique de Los Angeles et à sa tanière sécurisante, pour faire la promotion de ses bouquins et lire des poèmes en France et surtout en Allemagne, patrie de ses ancêtres (et lieu de naissance de Buk, d'ailleurs). Alors oui, on peut se dire qu'on trifouille les fonds de tiroirs pour se faire un petit nom et que si ce texte a été inédit en français pendant trente ans c'était peut-être volontaire et que ce n'est pas parce que le texte est signé Bukowski qu'il est bon, cela aurait pu être une immonde merde, mais ce n'est pas tout à fait le cas. C'est du Bukowski, soit un type bourré de la première à la dernière page, qui jongle avec dextérité entre fond de trottoir et génie pur, le tout accompagné par de très nombreuses photographies signées Michael Monfort qui a suivi le vieux dégueulasse dans ses pérégrinations européennes où on le voit franchement abîmé, sorte d'épave naufragée, mais toujours soutenue par sa femme d'alors, Linda Lee, qu'on arrive quand même à plaindre parce que supporter Bukowski devait être, au quotidien, un exercice pas évident.

Bref, Buk est à Paris et se bourre la gueule chez Pivot, il n'a aucun souvenir de l'émission, à part qu'il voulait toucher les jambes d'une petite nénette assise en face de lui avant son trou noir. En Allemagne il fera moins de frasques et plus de tourisme, donnera une lecture à Hambourg où, une fois de plus, il insultera et se fera insulter, tentera de recroiser de vieux amis et rendra visite à de la vieille famille, mais, toujours, on est loin de l'émotion, peut-être parce que Charles ne savait pas comment l'écrire, si bien qu'on se dit qu'il manque quelque chose pour que le bouquin soit vraiment excellent. Encore une fois, on a du Bukowski entre la grâce et le pathétique. La grâce, on l'atteint en fait avec les quelques poèmes qui referment le livre. Et là, oui, on sait qu'on est face à un génie de la littérature, un type qui, une fois l'autobiographie de façade écroulée, nous donne à voir un artiste sensible qui sait dire des choses justes en utilisant des mots justes. Là, oui, c'est un réel, un vrai, un puissant bonheur.

couv

Reste le titre Shakespeare n'a jamais fait ça. Qu'est-ce qu'il en sait le Buk ? Pourquoi s'imaginer Shakespeare en anglais austère écrivant ses pièces au fin fond de sa chambre de bonne entouré de cafards, à la lumière d'une bougie en fin de vie ? Je suis pour réécrire l'histoire de la littérature et, dans ce fantasme, je vois bien le bon William arpentant les pubs en bas de son quartier, à s'enfiler des pintes et se faire enfiler par ses acteurs, écrivant bourré et dépensant tout son argent dans des call boys de luxe, envoyant des lettres insultantes à la Reine, mais le courrier est intercepté par un des valets du roi, ancien amant de Willy, admirateur et assumant mal l'idée que son idole n'est qu'un pochard amer. Oui, en fait, Shakespeare, c'est Bukowski quelques siècles plus tôt, sortant des bars bourrés et pissant sur les carrosses, vomissant sur Big Ben et piquant une tête dans la Tamise pour se laver le matin. Je le vois faire une tournée promo en Allemagne, faire des lectures de poésie complètement pété, insultant et se battant avec son public, crevant l'œil d'une groupie pendant le coït, se faire tatouer JESUS IS MY SON sur la fesse droite et échanger une dose d'héro contre un bouquin dédicacé au dealer en bas de chez lui. William était une putain de rock star !

William_Shakespeare_rock

Mais je m'égare, et il vaut mieux laisser Hank conclure avec un extrait d'un de ses poèmes, un de ces trucs comme un jet de vomi, car avec Hank, contrairement à Shakespeare, il ne faut jamais s'attendre à des alexandrins et des sonnets :

je vais en Allemagne

pour

m'éloigner des champs de courses

et sortir de cette pièce.

 

Sherwood Anderson

sera du voyage je me souviens que ses livres

étaient ma nourriture

quand je n'avais pas de nourriture

 

on sera tous ensemble : moi

Sherwood, Ernie, Ezra et

Linda Lee

 

on va emmerder le pilote

et draguer l'hôtesse de l'air.

buk_ecrit

Posté par Armand A Lechare à 20:03 - Livres - Commentaires [0]

26 janvier 2012

Simply the best

bobby

À Mael

Avant que M ne vienne investir mon canapé et mon capital et les cadavres de mes bouteilles de vin, Bob Dylan était pour moi un obscur type qui avait vaguement fait quelques chansons pas mal et que tout le monde prenait pour un prophète visionnaire et sanctifié, une sorte de statue vivante de la contre culture américaine des sixties, dont la seule arme fut un harmonica strident et insupportable. Il n'en restait aujourd'hui qu'un pauvre type usé, peut-être même déjà mort, dont la voix de canard avait muté en instrument rendu rocailleux par l’absorption de mille verres de whisky et l'exhalaison de dix milles cigarettes sans filtre. Et puis M est arrivé, fan numéro un, à défaut d'être fan de la première heure, et avec lui plus de cinq heures de musique dylanienne.

Quelle force ! Quelle puissance ! Quel panache !

Bref, sans l'avoir voulu, j'ai commencé à aimer le petit Bobby. Bob a sorti il y a de cela quelques temps déjà une autobiographie, laconiquement appelée Chroniques, le tome premier d'une série de trois volumes, dont les deux suivants sont encore dans un coin de sa tête. Le moment était venu pour moi de le lire. Aucune déception, au contraire, voici une plongée plus qu'intelligente dans la vie de celui qui, malgré lui, a changé pas mal de choses dans la musique américaine et la vision du monde de pas mal de gens.

Plus qu'intelligente, oui, car son auto-brio-graphie (WTF?) n'est pas une œuvre linéaire et chronologique. Dès la première page, Bobby a vingt ans, il vient de débarquer à New York et vit sur les canapés de musiciens rencontrés dans les clubs de jazz où il se produit. Il est à quelques minutes de signer son premier contrat dans une maison de disques. Son enfance, il l'évoquera ici et là au fil des pages, sans vraiment s'y attarder. Car une légende n'a, semble-t-il, pas eu d'enfance et de moments honteux.

Puis on a Dylan à différents moments charnières de son existence, dont deux véritablement marquants et qu'il arrive parfaitement à expliquer et à redonner vie. Ce type sait quand même écrire. Il nous parle tout d'abord de son incapacité à gérer une image qui l'a dépassé, celle de prophète de la contre culture. Il nous raconte comment sa maison a été à plusieurs reprises prise d'assaut par des hippies surexcités d'approcher enfin l'Idole, le Guide, le Messie et tout ce qu'on veut de biblique, tout ce que Dylan refusait d'être. La célébrité lui a fait du tort, il a du fuir avec femme et enfants sous le bras pour échapper à cette gloire qu'il ne supportait pas (dixit la quatrième de couverture du livre). Voyant que ses efforts ne servaient à rien et qu'on arrivait toujours à le retrouver, il a changé son style et ses textes, se perdant totalement dans l'objectif d'être quelqu'un d'autre.

Car sa créativité s'est essoufflée, a disparu et voilà Bob en plein doute. Second moment très fort du livre, et donc, de sa vie. Les passages où il évoque ce trou créatif, et comment il tenta tout pour retrouver la force d'écrire et de composer (tout et n'importe quoi, il faut bien le dire, allant jusqu'à demander conseil auprès de Bono(bo) de U2) ces passages disais-je ont des échos de Fitzgerald qui, dans La fêlure, expliquait toute son impuissance et son incapacité à écrire. Vraiment fort.

Et au milieu de tout cela, on découvre le Dylan grand lecteur et mélomane, citant toutes ses références littéraires et musicales. Évidemment, on se perd un peu dans le catalogue des bluesmen et des folk singers qui l'ont inspiré, car tous ces types sont complètement obscures pour des non initiés comme moi. On retrouve un nom qui revient sans cesse, père spirituel du petit Bobby à l'époque où il interrogeait le ciel de Minneapolis : Woody Guthrie, que Dylan va voir de temps en temps à l’hôpital. On retrouve également Robert Johnson, autre prophète d'un autre temps, mort dans des circonstances plutôt louches après avoir, dit-on, vendu son âme au Diable, et que Dylan a découvert le jour où il signait son contrat à la Columbia.

Dylan est un sacré bon écrivain, tout de même, et la lecture de son autobiographie est véritablement agréable. Manque juste quelques pages sur sa relation avec Joan Baez (évoquée en deux mots à la fin du livre) et, surtout, sur ces années soixante qui ont fait de Robert Zimmermann l'immense Bob Dylan. Espérons que les deux tomes suivants s'y attarderont.

Et, pour finir, une petite allusion gratuite. Enjoy.

 

Posté par Armand A Lechare à 16:33 - musique - Commentaires [2]

16 janvier 2012

sans titre 1 (ou un bouquin qui ne mérite pas de titre)

freedom_2

 

Salut les gars.

Pour célébrer la rentrée (ouais on était en vacances), j'ai décidé de me lancer dans un truc incroyable mais vrai : la rentrée littéraire. A la bourre, certes, mais la notion de temps est quelque chose qui, contrairement à vous les travailleurs, m'effleure à peine. J'avais comme une envie qui me titillait, celle de briller en société, en causant d'auteurs dont les vrais critiques littéraires parlent.
Voici la fabuleuse histoire de comment j'ai eu tort, comment j'aurais du faire comme d'habitude et ignorer la presse, comment j'aurais du rester sur mes acquis, ceux là même qui me disent que la rentrée littéraire c'est de la merde et que briller en société est un art qui ne sert qu'aux ploucs.

Causons donc de Freedom, de Jonathan Franzen, l'homme qui a fait la une du Times, le livre qui a fait la une de Libé.
Fait assez rare pour être souligné donc, cette histoire de livre (objet imprimé ici sans illustrations et dont le nombre de pages est théoriquement infini) en première page de périodiques (objets imprimés pleins d'illustrations et dont on limite le nombre de signes pour ne pas perdre le lecteur) me travaillait.
Les éditions de l'Olivier auraient du me mettre la puce à l'oreille, mais non, je ne me suis pas écoutée, j'ai laissé le marketing, la pub, les articles dithyrambiques, la propagande, en somme, m'avoir. Rassurez-vous néanmoins, je n'ai pas filé le moindre kopeck à cette maison d'édition fallacieuse, je me le suis fais prêté car je ne suis ni folle, ni riche.

Venons-en aux faits : la plus grosse arnaque organisée du siècle, le scandale littéraire de ce début de décennie, l'escroquerie de l'année, ou plus simplement : la bouse de sept cent dix huit pages du mois d'août. Que je me suis enfilée dans sa totalité au mois de décembre. D'où le sentiment d'avoir été trompée.
Sept cent dix huit pages dont Harlequin n'aurait pas voulu. Sept cent dix huit pages qui se targuent d'être de la littérature en pensant que la quantité supplée à la qualité. Sept cent dix huit pages qualifiées de subversives parce qu'il y a écrit « Irak » dedans ; grosse remise en question de l'american dream donc, parce qu'ont été successivement imprimés les mots « trust » et « Irak »... bien bien bien.

Attention, cet article va devenir, dans quelques secondes, sous vos yeux ébahis, totalement sulfureux, parce que je vais écrire dedans les mots « Coran » et « patate ». Vous êtes prêts ?

 

Coran

 

Patate

 

Voilà, ça y est moi aussi je remet en question des trucs.

Tout ça pour dire que mettre en place un décors ne signifie pas mécaniquement le contester. Portraiturer son siècle n'est jamais mécaniquement synonyme de protestation à son encontre. Ça peut juste aussi vouloir dire planter un décors, ici aussi plat que les fresques de fond de scène d'opérette.

L'argument de vente numéro un de ce bouquin ayant maintenant été déclaré nul, passons à la suite : l'histoire.
Il était une fois Patty. On ne sait pas grand chose de Patty, sinon qu'elle est grande et qu'elle fait du basket parce qu'elle est grande. Et puis elle vit des trucs glauques et laisse un peu faire parce que bon, elle est comme ça Patoche (ouais, après sept cent dix huit pages, nous sommes devenues intimes), elle est molle. Du coup elle déprime pendant sept cent dix huit pages. On ne sait pas pourquoi, Walter tombe amoureux d'elle pendant sept cent dix huit pages. Il se laisse faire par les caprices de la grande parce que lui aussi il est un peu mou. Mais la grande en question elle est amoureuse de Richard parce qu'il fait du rock et qu'il ressemble à Kadhafi. Parce qu'il est bien connu que Kadhafi est une putain de sex bomb, que, même ensanglanté en train de se faire lapider par la foule, il me remue les ovaires.
Voilà donc Freedom, un triangle amoureux autour d'une greluche insipide, dont le rêve insipide est de devenir femme au foyer. A un moment elle pond des gosses aussi. Une fille, son double, insipide, et un garçon, qui lui est tellement arrogant que t'as envie de lui mettre des grosses claques dans sa gueule de petit con.

Vous me direz, on a construit des chef-d’œuvre sur moins que ça.
Prenez Anna Karenine. C'est pareil. Un triangle amoureux autour d'une connasse insipide.
La nuance ?
La même qui différencie Patrick Sébastien de Kandisky. 

Un truc qui s'appelle le talent.

 

Jonathan Franzen, Freedom, Editions de l'Olivier,24€ (je joue aux légo avec vous pendant quatre heures pour le même prix)

Posté par Ina Wungerors à 21:51 - Livres - Commentaires [0]

15 décembre 2011

WTF Sarah Connor?

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Cyborg conquest, c'est une histoire qui se passe dans le futur, en 2010. L'héroïne, Lady (interprétée par l'actrice faire-valoir, quota-noir de Clueless) est à la tête d'un gang de motardes, über sexy dans leur cuir copyrighté Xena, braqueuses de banques. Donc elles vont braquer des banques et ça se passe plutôt bien, puisqu'il s'avère que la secrétaire a le code du maxi-coffre, ce qui arrange bien leurs affaires.
Après un improbable plan fixe sur la main de notre leadeuse qui fait accélérer sa bécane sans même avoir à remuer le petit doigt (mais on sait que ça accélère parce que le décors dessiné par Justine (la petite-fille de quatre ans du producteur) bouge), après ce plan donc elles vont boire des coups, parce que c'est crevant de demander le code du coffre à la secrétaire.
Elles se retrouvent dans le bar d'une ville (qui a l'air de faire la taille de Dijon quand même, enfin la ville, pas le bar) qui n'est pas sur la carte. Mais bon la carte elle date quand même d'il y a trois ans et puis bon c'est bien connu, les villes ça pousse comme du moisi sur le plafond d'une salle de bain sans vmc, nous sommes aux États-Unis, le pays où tout est possible après tout.
Dans ce bar, c'est plein de types louches qui ont l'air d'avoir la dalle et qui sont pas au courant que nos gonzesses faut pas trop les emmerder sinon ça finit «comme à Albuquerque» (rassurez-vous, personne ne vous dira ce qu'il s'est passé à Albuquerque, c'est ça, l'art de la suggestion). Or, une main au cul plus tard, un type, le genre gros routier à la chemise texane, se fait descendre avec un pistolet qui tire comme un uzi. 
En tombant, le lourdaud casse sa main, et là OH MY GOD on réalise que c'est un cyborg. 

Bref, là je vous ai fait dix minutes de film hein. Il faut rajouter par dessus des histoires de conquête du monde, de bombe atomique, de sauvetage de copines, de génie du mal (et non de savant fou, comme vous l'expliquera l'un des protagonistes dans un monologue digne de Woody Allen).

Il faut ensuite saupoudrer tout ça avec un montage que n'aurait même pas osé le réalisateur de Undefeatable (si,si, le film avec un méchant sosie de Nicolas Sarkozy et une héroïne bodybuildeuse transformiste de Renaud). Le gars a du se dire, ah ouais, on va faire des microcoupures en plein milieu d'un zoom (OUI UN ZOOM!) pour faire un effet saccadé de la mort qui tue, c'est important le rythme, le cinéma c'est l'art de l'ellipse (même d'un millième de seconde) et tant pis pour les épileptiques.

Plus des effets spéciaux fabriqués sous Paint ; on ne serait pas à l'ère numérique, je jurerais que les yeux (verts et phosphorescents) des androïdes ont été coloriés au feutre, négatif par négatif. Big up également au stagiaire 3D qui nous a pondu un robot (numéro mille, tatata) qui aurait été refusé pour Power Rangers, même s'il avait payé pour y faire une apparition.

Soulignons par ailleurs la performance des acteurs, aussi expressifs, talentueux et crédibles que des chaises de jardin, servis ici par un dialoguiste dont la tête doit aujourd'hui être mise à prix. « Il y a une seule chose qui les fait craquer, cette phrase : tu es en plein désert, tu vois une tortue sur le dos qui ne peut pas se retourner toute seule, que fais-tu ? » Et paf, ça fait exploser le cyborg.

Sachez qu'ici je ne dévoile que 3% du régal intellectuel que représente ce film. Je vous ai épargné les flash-back, la blague final (qui est devenue un running gag chez moi, mais je vous laisse découvrir, faudrait pas gâcher), les chorégraphies de descente de moto, les erreurs de scripte, encore du dialogue mutant, la musique même pas faite par 2Unlimited (et c'est la vraie déception du film), le méchant handicapé, le Kakashi-sensei (maitre ninja pour les non-initiés) texans, les retournements de situations et tout et tout.

Alors vous aussi dites non à la cohérence, dites non aux scénaristes, dites non à l'actor studio, dites non au cinéma. Dites oui aux flingues, oui aux cyborgs, oui au skaï, mais n'oubliez pas, avant de regarder ce chef d’œuvre, de dire oui à la drogue.

 

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Cyborg Conquest, un nanard de Leigh Scott écrit par Leigh Scott, avec : Stacey Dash (Lady), Paul le Mat (Elliot), Frida Show (Gretchen), Eliza Swenson (Layla), Kristen Quintrall (K.J.), Jackey Hall (Tinkerbell). 2009 (ahahhaha)

Posté par Ina Wungerors à 20:34 - films - Commentaires [0]